Claude Béata soigne les maux de nos animaux !

Claude Béata soigne les maux de nos animaux !

interview-claude-beata-animaux-city-pattes-oct-2018

Les troubles du comportement constituent la première cause d’abandon ou d’euthanasie du chien de moins de deux ans. Longtemps ignorées, ces affections qui touchent nos animaux sont aujourd’hui parfaitement bien traitées. Rencontre avec le Docteur Claude Béata, vétérinaire comportementaliste, membre du Collège Européen de médecine vétérinaire comportementale.

•    Pourquoi vous êtes-vous tourné vers la psychiatrie vétérinaire ?

L’élément déclencheur fut un cas auquel j’ai été confronté au début de ma carrière. Un maître m’apporte son chien accidenté qui décède peu après. Désespéré, il décide dès le lendemain d’adopter le frère de son chien âgé de 7 mois à qui il donne le même prénom : Eden. Très vite l’homme semble déçu par le chiot qu’il trouve moins beau et très vite Eden n°2 développe des problèmes de peau. Impossible de trouver la cause de ses dermites à répétition. J’improvise alors un traitement et demande au maître de shampouiner longuement son chien pendant 15 jours. Deux semaines plus tard, le maître arrive triomphant et me lance « regardez comme il est beau ! ». En prescrivant ce traitement j’avais forcé le maître à regarder Eden n°2, à s’occuper de lui, à le considérer non pas comme une pâle copie d’Eden n°1, mais comme un compagnon à part entière. Le chiot a senti ce nouveau regard bienveillant qui le rendait beau et peu à peu, ses problèmes de peau se sont améliorés.

En tant que jeune véto, j’étais dépassé par ce cas, et quand je m’en suis ouvert à Boris Cyrulnik (ndlr : célèbre neuropsychiatre français, directeur d’enseignement à l’université de Toulon) cela lui a tout de suite fait écho avec le syndrome de « l’enfant de remplacement ». L’attitude de ce maître est la même que celle des parents avec l’enfant de remplacement et aujourd’hui, de nombreux confrères se méfient quand un chiot arrive trop vite après le décès d’un autre, pour peu que le même nom soit donné.

 

claude-beata-interview-animaux-city-pattes-oct-2018

Le cas du chien de remplacement souligne un point très important : l’attachement. L’attachement comme base de la relation entre les chiens et les humains mais aussi comme base de la relation entre humains, au sein de la famille et des relations amoureuses.

Or des scientifiques affirment que l’attachement entre un chien et son humain est impossible. Il suffit d’interroger n’importe quel propriétaire pour se rendre compte que l’attachement est une évidence ! Seulement en sciences, si nous ne pouvons pas en apporter la preuve, cela n’existe pas. Je me bats sur ce sujet depuis 20 ans.

•    Les chiots et chiens destructeurs ont-ils aussi un fort attachement à leur maître ?

Ces cas demandent vraiment un diagnostic personnalisé. Il y a ceux qui sont destructeurs parce qu’ils sont hyperactifs : ils détruisent en présence et en l’absence du maître. Puis il y a ceux qui souffrent d’autonomopathie (maladie de l’autonomie), leur souffrance est liée à leur absence d’autonomie et à un hyper attachement au maître. Tant que leur maître est là ils vont très bien. S’il disparait, cela génère chez eux une anxiété importante qui se traduit par des destructions, des malpropretés, des vocalises… C’est un cas très sérieux car il représente la première cause d’abandon et d’euthanasie d’un chien de moins de 2 ans. Les chiens meurent de cela alors que cela se soigne bien.

•    Comment expliquez-vous que l’on ne se soit pas intéressé plus tôt aux troubles du comportement ?

Il y a bien eu des précurseurs avec Fernand Mery (ndlr : vétérinaire reconnu pour son implication dans la protection animale) qui en 1926 intitulait sa thèse « Psychiatrie et psychologie animale », avec le professeur Abel Brion, directeur de l’Ecole vétérinaire de Lyon qui publia avec le grand psychiatre humaniste Henri Ey le livre « Psychiatrie Animale ». Mais ces études ont été gênées par le développement en France de la psychanalyse qui a fortement impacté la psychiatrie humaine. La psychanalyse est une médecine dans laquelle il n’y a que de la parole, ce qui exclue aussitôt l’animal. De plus, cette discipline très factuelle considérait encore au siècle dernier que l’animal ne ressentait pas la douleur. Aujourd’hui, certains pensent toujours que l’animal de ressent pas la souffrance car il faudrait qu’il en ait conscience. Et comme ils ne sont pas certains qu’ils en aient une…

Autant vous dire que dans notre groupe nous sommes certains que les chiens et les chats ont une conscience. Bien entendu pas une conscience humaine, il ne faut pas confondre, mais il est dommage d’exclure qu’ils aient la leur. La médecine vétérinaire comportementale est une discipline très exigeante mais à cette époque là, il manquait les outils pour connaître plus ou moins le fonctionnement cérébral de toutes les espèces. Un cerveau de chien par exemple ne fonctionne pas de la même façon qu’un cerveau de chat ni comme un cerveau humain bien sûr. Peu à peu, le corpus des connaissances théoriques nécessaires sur le fonctionnement cérébral s’est enrichi, les recherches ont beaucoup progressé et ont pu ainsi appuyer nos théories. Finalement, le renouveau de la psychiatrie vétérinaire a coïncidé avec la sortie du livre « Pathologies comportementales du chien » en 2004 qui a été suivi en 2016 par « Pathologie du comportement du chat« , celui-ci étant devenu le premier animal de compagnie de France.

 •   Sentez-vous qu’il y ait une évolution positive dans votre discipline ?

Je ne peux pas dire le contraire ! Il y a quelques jours, j’étais invité sur France 2 dans l’émission de Daphné Bürki et sur TMC dans l’émission de Yann Barthès. Donc oui, la psychiatrie vétérinaire commence à avoir une bonne visibilité. Les jeunes diplômés du Collège Américain du Comportement commencent même à parler de psychiatrie alors que pendant des années cela a été strictement interdit aux États-Unis. Je pense que les choses vont rapidement changer. La psychiatrie est une vraie discipline vétérinaire qui a pour objectif de soigner des animaux qui vont mal, dans leur respect et pour leur bien-être.

Nous sommes souvent accusés de donner des médicaments psychotropes pour droguer l’animal afin qu’il laisse tranquille son maître. C’est totalement faux. Si nous les prescrivons c’est pour diminuer l’anxiété, augmenter la plasticité cérébrale et permettre à l’animal d’apprendre à réagir d’autres façons.

De plus, toute prescription médicamenteuse est associée à une thérapie comportementale. Nos accusateurs ne savent pas comment nous travaillons et ne nous ont jamais vu travailler.

•    Le maître peut-il être responsable des troubles comportementaux de son chien ?

Invoquer la responsabilité du maître c’est une fois de plus considérer que l’animal n’a pas de liberté et que son mal-être est forcement une conséquence de son rapport avec l’humain.

L’hyperactivité des animaux est un trouble du comportement et leurs maîtres n’y sont pour rien. Ils font preuve d’une patience d’ange et il faut les en féliciter !

Ceux qui disent que vous êtes un mauvais maître parce que vous travaillez alors qu’un animal de compagnie ne doit jamais rester seul, font beaucoup de mal à notre discipline. Cette position moraliste nous l’avons connu en psychologie et en psychiatrie humaine où généralement les mères étaient accusées de tous les maux.

•    Quels sont les troubles du comportement que vous rencontrez ?

Les plus fréquents et les plus dangereux sont les troubles du développement : syndrome d’hypersensibilité, d’hyperactivité, syndrome de privation sensorielle qui touche à la fois les chiens et les chats. C’est très handicapant mais ce sont des pathologies qui se soignent avec une nette amélioration de la qualité de vie l’animal et du propriétaire.

Il s'en dit des choses dans la salle d'attente du vétérinaire...

 •   Qu’entendez-vous par « syndrome de privation sensorielle » ?

C’est l’inadéquation entre le milieu de naissance et le milieu de développement définitif. C’est typiquement le cas d’une personne qui va adopter un animal qui a passé ses premiers mois à la campagne pour ensuite le faire vivre en centre ville de Paris ou de Lyon par exemple. L’animal se retrouve complètement inadapté à son nouvel environnement mais heureusement certains s’en sortent très bien.

•    Un chien nait-il avec un trouble du comportement ou l’acquiert-il au cours de son développement ?

Il y a différents troubles. Ceux innés, c’est-à-dire que l’animal nait avec un cerveau qui ne fonctionne pas correctement. Il ne va pas obligatoirement développer ces troubles mais ses conditions de développement associées à une vulnérabilité génétique peuvent les faire apparaître. Puis il y a les troubles strictement liés à la relation et donc qui ne sont pas présents depuis le départ. Enfin, il y a des troubles qui apparaissent pendant le vieillissement.

•    La psychiatrie vétérinaire souffre t’elle de la mauvaise réputation de certains comportementalistes canins et de certains vétérinaires ?

Vous savez, le pire ennemi est toujours à l’intérieur… Ceux qui culpabilisent les maitres, ceux qui soit-disant ai nom de l’animal, exercent un terrorisme moral, sans aucun preuve scientifiques de ce qu’ils avancent. Aujourd’hui notre discipline est bien cadrée et elle est cohérente même si elle n’est pas parfaite. Nous sommes dans une vraie démarche médicale avec un diagnostic, un pronostic, un traitement et un suivi dans le triple respect de l’animal, du propriétaire et de la relation.

 •   Les troubles du comportement canin ont-ils des similitudes avec ceux des humains ?

Plutôt que des similitudes, je parlerai d’équivalences. Je me souviens d’une cliente dont le Yorkshire présentait une dysthymie bipolaire, ce qui ressemble beaucoup aux troubles bipolaires chez l’humain. Par moment le chien était extrêmement agressif, odieux, avait un appétit vorace, ne dormait pas, urinait partout… bref c’était l’enfer ! Il redevenait normal pendant quelques temps, puis tombait en dépression (sans que personne ne s’en aperçoive) pour repartir dans le cycle infernal. Sa maîtresse tenait un cahier dans lequel elle notait tous les comportements de son chien. Quand elle me l’a montré, j’y ai lu des descriptions magnifiques de troubles bipolaires. « Cela a du être très difficile » lui dis-je et elle de me répondre « oui très, mais à chaque fois que j’en ai parlé on m’a prise pour une folle ». Ce n’est pas elle qui est folle… c’est son chien ! Un chien fou avec de vrais troubles psychiatriques équivalents à la schizophrénie et aux troubles bipolaires chez l’homme. Ce cas est très rare (un chien sur 10 000) mais il existe et parce qu’il existe cela montre bien que les troubles du comportement vont de la simple anxiété à des troubles psychiatriques graves qui causent une perte contact avec la réalité. Les troubles comportementaux canins ont donc des équivalences extrêmement intéressantes avec ceux des humains.

• Avez-vous une approche différente selon la race du chien ?

Ce qui nous intéresse ce n’est pas la race mais la lignée. Chez le cocker par exemple, on sait qu’il y a des lignées qui sont sujettes à la dysthymie bipolaire mais ce n’est pas la race cocker qui est dysthymique. Cet amalgame avec la race est très dangereux. Appartenir à une race ne permet pas de prédire le comportement. Vous diriez ça des humains ? Grâce aux nouvelles recherches, nous savons que des composantes génétiques interviennent dans cette maladie.

• Les chiens dits « à la mode » présentent t-ils des troubles du comportement ?

La race hyperactive est toujours celle à la mode. Il y a eu le westie, le labrador, le jack-russel… Les chiennes se reproduisent trop jeunes sans avoir le temps d’arriver à la maturité comportementale. Elles ne savent pas s’occuper des chiots qui n’ayant pas de régulation, deviennent hyperactifs. Et comme en médecine humaine, s’il y a une part génétique dans l’hyperactivité, elle n’est jamais seule responsable de l’affection, mais crée une prédisposition.

• L’âge avancé du chien est il un frein à la réussite du traitement ?

L’âge n’est pas un frein. C’est comme si on vous disait qu’à 60 ans vous ne pouviez plus être soigné. Dans mon premier livre, je citais le cas de Kim 12 ans qui souffrait d’un syndrome confusionnel, ce qui était l’équivalent d’une maladie dégénérative chez une personne âgée. Grâce au traitement, nous avons pu prolonger sa vie de deux ans, ce qui pour un chien est énorme.

beata-psy-animaux

1 Comment

  1. Lemaire dit :

    Mai Line a eu quelques troubles du comportement petite. Apres avoir lu beaucoup de choses sur le sujet et trouvé des comportements similaires au cas invoqué dans le livre de Claude Beata, je me suis rapprochée de ma véto. Et bingo ! Petit traitement tellement bénéfique qui a permis de repartir sur de bonnes bases…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.